Voyage au Paradis : Direction Tarim (Dar al Mustafa) au Yémen

22
Jan

Par la Grâce divine, j’ai eu l’immense bénédiction de visiter la ville sacrée de Tarim au Yémen. Yémen ? Oui ! Guidé par Shaykh Hamdi Ben Aïssa et Ustadh Amjad Tarsin, 5 frères de Montréal, Ottawa et Toronto ont entrepris un voyage de 2 semaines au paradis.

La ville de Tarim est l’une des régions les plus préservées, sinon la plus préservée dans le monde, où la spiritualité est toujours une tradition vivante. La sécularisation des esprits n’y a toujours pas eu lieu et leur tradition islamique n’a pas été affectée par le récent fondamentalisme islamique du 18ème siècle. La raison en est que les savants de Tarim ont préservé leur tradition avec grand savoir, sagesse et courage. Leur tradition remonte à Faqih al Muqaddam qui, au 13ème siècle, fonda la tradition spirituelle sunnite aujourd’hui connue sous le nom de “Ba Alawi” qui prend son nom de la famille Bani Alawi. Elle fut ensuite préservée à travers les âges, particulièrement par l’un des plus grands imams de tous les temps, l’imam Al Haddad, dont les livres ont été traduits dans plusieurs langues à travers le monde.

Aujourd’hui, la tradition est renouvelée par le grand imam Habib Omar ben Hafidh, qui a fondé l’Université Dar al Mustafa il y a une vingtaine d’années. Descendants du Prophète ﷺ, ces savants ont une chaîne ininterrompue dans toutes les sciences islamiques mais, surtout, ils ont une chaîne de transmission dans l’amour du Prophète ﷺ. Vous pouvez sentir l’amour prophétique dans l’air quand vous marchez dans la ville. Cet amour touche chaque endroit. Il est tellement intégré dans la culture que lorsque vous êtes dans un majliss où l’on célèbre la beauté prophétique (et il y a ce type de majliss tous les jours partout dans la ville), même les enfants de 10 ans chantent la plus haute poésie religieuse de mémoire.

À Tarim, nous restions juste à côté de la grande Université Dar al Mustafa. L’endroit est un paradis en soi. Environ la moitié des étudiants vient d’Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Kenya, Tanzanie, Somalie, Inde (Kerala), Ouganda, etc. Les Ba-Alawi ont été les premiers à introduire l’islam dans ces pays il y a des siècles. Shaykh Hamdi appelle ces lieux “le grand Tarim” parce qu’ils ont une remarquable continuité culturelle avec Tarim ayant même réussi à préserver certains détails de la culture tarimi de manière plus soutenue que les gens de la ville eux-mêmes. Tout ceci indique que Tarim n’est pas juste un endroit physique, c’est une manière d’être et un art de vivre l’islam.

En entrant dans l’Université, on a immédiatement le sentiment de se trouver dans un espace traditionnel. Tout ce que vous attendez de la beauté islamique est là. Pour la première fois de ma vie, j’ai vu un espace organique et traditionnel qui porte les plus hauts standards d’éthique et de propreté. Cela m’a donné un aperçu de ce à quoi ressemblaient les débuts de l’islam. Dar al Mustafa est toujours propre et parfumée avec de l’encens. À l’entrée, de l’eau fraîche est offerte, une tasse de métal attachée au mur est à disposition, suggérant que la culture du gaspillage n’a pas encore réussi à s’imposer. L’eau est l’une des meilleures que j’ai bue. On m’a dit que c’était à cause de la prière (du’a) qu’Abu Bakr, le premier Calife, que Dieu soit satisfait de lui, a faite pour la ville quand ses habitants l’avaient soutenu lors d’une période de sédition : “Que Dieu fasse que son eau soit abondante, qu’elle soit cultivée jusqu’au Jour du Jugement et que les pieux fleurissent comme les plantes…” Un des aspects les plus marquants de la culture de Tarim réside dans la culture du savoir qui est infusée dans la vie de tous les jours. N’importe qui marchant dans la rue peut être un des plus grands savants de la région sans qu’on ne le remarque.

Un jour, nous faisions partie des centaines de personnes mangeant à Dar al Mustafa, et comme il en est coutume, nous étions assis par terre, en cercle, autour d’un plat pour chaque groupe de cinq personnes. À côté de moi se trouvait un bel homme portant un turban blanc. Il m’a souri et me montra la bonne manière de manger avec les mains. J’ai ri et dit que manger ainsi était un art. Il me regardera d’un regard perçant et me dit que manger ainsi était plus qu’un art, que c’était une science, et que l’islam considère chaque partie de la vie comme une science spirituelle. Quelques jours plus tard, nous étions invités à manger chez cet homme. Lui et Shaykh Hamdi commencèrent à discuter au sujet des traditions prophétiques et de combien d’anecdotes démontrent que les disciples du Prophète alayhi salat wa salam furent complètement infusés par son amour en une période de temps miraculeusement courte. Ils se mirent ensuite à parler de spiritualité. J’étais subjugué. L’homme nageait dans les notions les plus profondes de la tradition spirituelle islamique, citant des hadiths et des extraits de livres, le tout de mémoire. Ce fut l’une des plus belles discussions auxquelles il m’a été donné d’assister. J’ai appris par la suite que l’homme était un des professeurs et des principaux chercheurs de l’Université. Il nous a raconté que lorsqu’il était adolescent, il rencontra Habib Omar. Quand, quelques temps plus tard, il quitta Tarim, il tomba malade. Ses parents ne savaient pas quoi faire jusqu’à ce qu’un savant de sa ville leur dise que Habib Omar était son médecin. Il était tellement en amour avec Habib qu’il ne pouvait pas le quitter. Ses parents acceptèrent cette réalité spirituelle et le renvoyèrent à Tarim. Il ne quitta plus jamais la ville.

Alors que nous marchions, toutes sortes de gens nous saluaient. Un homme à moto portant un turban blanc nous salua. Shaykh Hamdi nous révéla alors : “Cet homme est le leader de tous les enseignant de l’Université. Quand il va à Al Azhar (l’institution islamique la plus prestigieuse au monde), les savants tremblent…”. Ce type de rencontres inattendues avec de grands savants arrive tous les jours à Tarim. J’ai été étonné d’apprendre que l’homme qui nous servait le thé était l’un des 6 premiers étudiants de Habib Omar 30 ans plus tôt. Cet homme est l’un des gestionnaires principaux de l’Université, gérant des activités avec des milliers de personnes, et pourtant il nous servait le thé comme un simple employé.

Dar al Mustafa, l’Université qui est aujourd’hui un des centres de la renaissance spirituelle islamique, a commencé il y a une trentaine d’année avec seulement 6 élèves autour de Habib Omar. La clé, selon Shaykh Hamdi, est la conviction. Habib Omar croyait en la Parole de Dieu et Sa Promesse, et ses élèves croyaient en lui. Il leur disait : “Un jour, vous verrez. Ils viendront. Des milliers de tous les coins du monde et de toutes les religions viendront ici”. Un des hommes qui a été témoin de cette belle annonce nous a avoué : “Au début, on pensait que Habib nous disait cela pour nous encourager. Maintenant, on voit avec nos yeux ce qu’il nous promettait il y a 30 ans…”

C’était un vrai voyage….

Dès notre arrivée, je fus subjugué par la beauté et la simplicité de Tarim. Les immeubles sont faits d’argile et bâtis de la plus belle et de la plus simple façon. Au niveau du mode de vie aussi le secret est dans la simplicité. Nous avons été invités dans les maisons des plus grands savants de la ville et les salons étaient les plus simples que j’ai pu observer, aucun meuble sinon un tapis et des coussins adossés aux murs. Rien de plus. C’était également la première fois que je voyais autant de beauté dans les tenues vestimentaires. Cela me fit réaliser pourquoi les gens du passé admiraient les musulmans. Leur manière de s’habiller était plein de noblesse et de dignité. Leur tête était couverte par un beau turban ou un beau kufi. Les hommes ne portaient pas de pantalon, mais seulement de beaux sarongs ou izaar (une pièce de tissu enroulée autour de la taille) les faisant apparaître comme des anges se déplaçant.

Un des grands secrets de Tarim réside dans la tradition de célébrer le Prophète alayhi salat wa salam. Tous les jours, les gens se rassemblent dans différentes mosquées récitant et chantant des poèmes célébrant la beauté et le caractère prophétique. Toute la ville connaît ces poèmes. La langue arabe la plus raffinée est utilisée pour louanger le Prophète sal Allahu alayhi wa salam, et pourtant tous les enfants chantent ces poèmes par cœur. Que les enfants récitent de la haute poésie spirituelle de mémoire nous montre à que point la culture est raffinée à Tarim. Après la poésie, un prêche spirituel est donné par un des savants. Durant ces assemblés, on sert le café yéménite traditionnel (Qahwa) à tout le monde en signe d’hospitalité prophétique. Ces assemblées (majliss) voient parfois jusqu’à 3000 à 5000 personnes présentes. Mais les majliss de Habib Omar sont de loin les plus impressionnantes. Je ne connaissais pas grand-chose sur Habib Omar. J’avais quelques informations à son sujet mais je n’avais jamais eu la chance de le connaître à travers ces enseignements. Ses assemblés sont les plus populaires en ville. Chaque jeudi, des milliers de personnes se rassemblent à l’Université. Quand Habib Omar prit la parole à la fin de la soirée, je fus complètement subjugué. En 5 minutes, il amena une foule de milliers de personnes dans la plus haute station de faqr (pauvreté spirituelle), tout le monde pleurant et criant le Nom d’Allah : “Yaaa Allah !”. Même les enfants à mes côtés étaient en train de pleurer et de supplier Allah. Tous étaient fondus dans la Présence divine, réalisant leur petitesse et leur insignifiance. À ce moment, j’ai regardé Habib Omar et je me suis demandé à moi-même : “Qui est cet homme ?”. La réponse était claire : un homme de Dieu qui n’est pas de ce monde. Un homme qui a une mission divine. Un homme qui a atteint la plus haute station de pauvreté spirituelle, sacrifiant sa propre volonté pour la Sienne…

Il est le pôle de la ville, le centre. Ensuite, j’ai compris. Ce qui rend Tarim si spirituelle, c’est les cœurs vivants qui y ont vécu depuis des siècles. Comme mon frère Élias a dit durant le voyage : “Avant de venir ici, je croyais savoir quelque chose sur l’amour. En venant ici, j’ai réalisé que je n’y connaissais rien.”

C’était un vrai voyage….

Sami de Montréal

Cliquez ici pour voir l’intégralité du récit (en anglais) ainsi que les photos de ce magnifique voyage à Tarim 

4 Comments

  1. Mohydine
    23 Jan 2018 14:48:51 Répondre

    Y’a Allah, Tu es Arrahman, Arrahim, permet moi d’aller à Tarim et de vivre une expérience encore meilleur que celle-ci. Amine

  2. Anissa
    23 Jan 2018 23:44:37 Répondre

    Magnifique, MashaAllah, merci 🙏

  3. Sami Maaroufi
    28 Jan 2018 06:58:29 Répondre

    Amin!

  4. Brayan
    18 Fév 2018 11:45:25 Répondre

    Ma sha allah maginifique et émouvant !
    Ya allah toi qui a permis à des personnes de vivre ton amour permet moi de vivre le tien !
    برحمتك يا أرحم الرحمين آمين يا رب العالمين

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