NE PRIEZ PAS COMME DES IDOLÂTRES

19
Jan

Les gens placent leurs espoirs dans les mots d’une litanie ou d’une prière. Les traitant comme des sortilèges ou des formules magiques, ils créent des alliances avec le texte. Nous devons être prudents : notre alliance est supposée être avec Dieu. Le texte est un coup de pouce, une “ruqya” – ce qui signifie littéralement “ce qui élève”. La ruqya est là pour vous apporter une aide, pour vous élever à un moment où vous vous sentez déprimé, pour retrouver votre chemin vers Dieu. Ne pensez pas que la ruqya s’arrête aux mots, comme si c’était un sortilège. Ce n’en est pas un.

L’ami de Dieu [wali] qui a compilé le “wird” [les litanies] que vous récitez s’est vu enseigner par Allah la manière de Lui parler. Nous nous retrouvons dans cette expression. Nous trouvons l’expression de nos cœurs dans ces mots. Nous sommes élevés à un plus haut niveau de conversation avec notre Seigneur.

Il y a différents niveaux dans l’appel à Dieu. Pour la plupart des gens, leur appel vient d’eux et est destiné aux niveaux charnel ou intellectuel. Ce corps et cet intellect font beaucoup de bruit et sont très agressifs. Ils crient et détruisent. Le niveau émotionnel a également ses exigences.

Au milieu de toute cette cacophonie de revendications chez l’être humain, il peut oublier de mettre son cœur en prière et oublier de prier pour les exigences de son cœur.

Qui ne prie pas ? Tout le monde prie. Mais le problème est que nombreux sont ceux qui oublient leur cœur. Donc, lorsque nous chantons avec les hommes de Dieu et récitons leurs mots dans les paroles qu’ils ont écrites, nous redécouvrons non seulement la voix de notre cœur mais aussi la voix de notre âme. C’est une voix qui était étouffée par celles du corps, de l’intellect et des émotions, ensevelie sous la revendication de la satisfaction de leurs désirs. Cette voix est élevée et renforcée lorsque nous récitons les litanies des gens de Dieu.

Le secret ne se trouve pas dans le texte ni dans les mots, mais dans l’enseignement que le texte vous communique sur ce qu’on doit rechercher Dieu et sur la réponse que vous apportez à cet enseignement – en permettant à votre cœur d’atteindre Dieu.

“Arrêtez de prier comme des idolâtres”, a enseigné le prophète Jésus, que la paix soit sur lui et sur sa sainte Mère. Il a dit cela aux rabbins de son temps, pour qui le texte était devenu une sorte d’idole. Le prophète Jésus, que la paix soit sur lui, a enseigné aux gens comment faire des prières – telles que la prière du Seigneur. Les prières qu’il, que la paix soit sur lui, a enseigné parlent du cœur et du cœur du problème: notre relation avec Dieu. Ce ne sont pas de simples incantations….

Il existe aujourd’hui une culture qui consiste simplement à réciter – à se penser et à se dire: “c’est un dhikr (récitation du nom de Dieu) puissant qui détruira le djinn”, ou “cette doua (prière) fonctionne vraiment”, alors que ce ne sont pas les mots eux-mêmes qui font changer les choses, c’est Dieu.

Ce n’est pas dans les mots que vous récitez que le pouvoir réside, c’est en Allah. Les récitations ne sont qu’un ascenseur censé vous amener à un certain niveau d’attachement et de proximité.

Comment se fait-il que les litanies de Cheikh Abu Bakr ben Salem, par exemple, soient restées vivantes et populaires depuis si longtemps ? Pourquoi durent-elles au cours des siècles et continuent-elles à être chantées et aimées ? Parce qu’elles engagent votre cœur et fonctionnent comme un ascenseur.

De même, les prières de Sahifa as-Sajaddiyya (un ensemble de supplications d’Ali ibn Husayn Zayn al-Abidin) sont toujours en mesure de vous connecter à quelque chose de profond en vous qui aspire à Dieu.

Les personnes qui ont composé ces prières ont été inspirées par Dieu pour ouvrir un chemin à Ses esclaves. Ainsi, les prières qu’ils ont partagées avec nous ne sont pas un jeu de “sésame ouvre toi” ou “abacadabra”… Ce ne sont pas des outils qui fonctionnent par eux-mêmes, mais plutôt un chemin qui est ouvert à votre cœur et le chemin mène à Dieu.

La prière, les litanies et le souvenir de Dieu ne doivent jamais être un bruit religieux que vous créez, ni une formule que vous bafouillez. Ils doivent être un chemin sur lequel vous marchez, amenant tout votre cœur à cette marche.

Shaykh Hamdi Ben Aissa – FR